1940-1990

Accroissement sans précédent des entrées d'archives contemporaines, affirmation et diversification des missions des Archives

 

Les années de guerre n'eurent pas de répercussions fâcheuses directes pour les Archives départementales du Jura ; néanmoins, on ne peut que constater la coïncidence des lacunes archivistiques des années 1920-1930 avec la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle furent vendues aux Domaines d’énormes quantités de papiers administratifs pour destruction et recyclage. Il est vrai aussi que, malgré les améliorations successives de capacité de stockage et de travail obtenus par l’archiviste Gustave Duhem (1939-1965), les locaux d’archives étaient insuffisants pour traiter et conserver les versements venant des administrations du département : la moyenne des accroissements avoisinait, à partir de 1960, 150 mètres linéaires par an. Pendant ces mêmes années, l'effectif du personnel augmentait par la création d'un poste de dactylographe en 1960, d'un poste d'agent de bureau en 1966, et l'attribution de crédits de vacations.

 

Entre 1939 et 1965, Gustave Duhem assura la mise au point d'inventaires et de répertoires définitifs pour plusieurs séries, imprimant notamment les répertoires des fonds 1 H (abbaye de Baume-les-Messieurs), 15 H à 19 H (abbayes cisterciennes), 2 C (contrôle des actes, aujourd'hui obsolète) et de trois fascicules de la sous-série 4 E (minutes notariales, également obsolètes de nos jours). Sous sa direction, l'inventaire des papiers de la période 1800-1940 était amorcé sous la forme de fichiers provisoires.

 

De 1965 à 1969, ses trois successeurs restèrent trop peu de temps pour réaliser des classements d'envergure ; mais ils obtinrent un accroissement sensible des moyens matériels du service.

 

Il revint à Catherine Marion (1969-1978) de mener à bien la construction d'un nouveau bâtiment d'archives, inauguré officiellement le 20 septembre 1980, mais qui, faute de réalisation d’une seconde tranche de travaux, dut être pourvu d’une « annexe provisoire » pour éviter d’interrompre les versements d'archives ; ceux-ci se stabilisaient à 350 mètres linéaires environ par an, avant éliminations.

 

Les locaux de travail le permettant, le personnel fut progressivement augmenté, pour atteindre en 1991 l'effectif de 15 personnes titulaires et trois non titulaires et contractuels. Un atelier de reliure fut créé en 1981, un autre de microfilmage et photographie en 1984-1985.

 

Ce développement considérable des Archives était justifié par un développement des missions qui lui étaient confiées. Celles vis-à-vis du public, tout d’abord. La fréquentation de la salle de lecture par le public, fort modeste jusqu'en 1970 (on communiquait à peine 2000 articles dans l'année), se développa brusquement à partir de cette date, dépassant les 5000 articles communiqués en 1976, pour osciller depuis 1985 entre 25 000 et 30 000 articles annuels, notamment sous l’effet de la généalogie. Par ailleurs se mettait en place en 1975 le service éducatif des Archives du Jura. Les Archives commençaient à participer à une vie patrimoniale et culturelle ouverte à un large public en montant des expositions à partir des archives conservées ; elles continuaient par ailleurs de jouer un rôle notable au sein de la communauté scientifique et historique du département et de la région.

 

Les missions archivistiques n’étaient pas en reste. Le dépôt aux Archives départementales des documents centenaires des communes de moins de 2000 habitants fut rendu légalement obligatoire en 1970. Dans le Jura, il ne commença, faute de place, qu'après 1977, et se poursuit toujours de nos jours ; il a en outre permis la prise en charge d'une grande quantité d'archives de justices de paix restées à l'abandon lors de leur suppression à la fin des années 50, et même d'archives de justices seigneuriales jusqu'alors inconnues.

 

La loi sur les archives du 3 janvier 1979, et ses décrets d'application, ont défini pour la première fois avec précision le rôle respectif des services publics producteurs d'archives et de l'administration des Archives, et leurs obligations, dans les opérations de versement, qui ont pu être désormais planifiées, au lieu d'être subies passivement, leur volume étant même tempéré par la destruction contrôlée, au sein des administrations, des papiers inutiles. Par ailleurs, les séries du cadre de classement des archives de 1841 furent abandonnées pour l’intégration des documents publics postérieurs à 1940 ; ceux-ci devaient réglementairement trouver place dans une nouvelle et unique série d’archives, la série W, instaurée en 1980.

Les détenteurs d'archives privées ont eux aussi pris l'habitude de s'adresser aux Archives départementales. Sans jamais avoir été négligée dans le Jura, et tout en étant une politique facultative du Département, la collecte des archives privées occupe désormais une place conséquente. En effet, pour la connaissance historique du Jura, ces fonds et documents privés apportent des éléments complémentaires aux fonds publics que la loi et la réglementation obligent les Archives départementales à collecter et conserver. Ainsi, en matière économique, les Archives du Jura s’attachent particulièrement à préserver des fonds des principales activités qui se distinguent sur le département au fil des décennies. Grâce à l’intervention directe des Archives départementales, entrèrent en 1966, dès la fermeture du site industriel de Montmorot, les archives des salines de l’Est relatives aux salines de Salins et de Montmorot principalement, et qui complètent à merveille les fonds publics médiévaux et modernes sur ces deux salines, jadis domaniales. S’y ajoutent depuis 40 ans des témoins précieux de l’industrie jurassienne et de ses modes de gestion partagée entre société et coopérative : coopérative du Diamant, forges de Baudin, marbreries Célard et Yelmini-Artaud de Balanod, aciéries de Champagnole, fruitière vinicole d’Arbois… Le Jura compte aussi parmi les départements particulièrement bien pourvus en chartriers seigneuriaux, souvent enrichis de fonds domaniaux et familiaux des XIXe et XXe s. donnés ou déposés : fonds Froissard-Bersaillin, du Deschaux, de Poligny, de Chalain, de Vaudrey, de la Chaux des Crotenay…, hélas loin à ce jour d’être tous classés. Depuis plusieurs décennies, une politique active de conseil, de protection, de classement et de microfilmage de l’illustre chartrier privé d’Arlay, classé Archives historiques, scelle les liens de coopération scientifique et technique avec les propriétaires jurassiens de fonds privés. Entrent aussi des fonds de personnalités politiques locales (le sénateur Jeambrun, et plus récemment le député et conseiller général Alain Brune).

 

 

Extrait du Guide des Archives départementales du Jura rédigé par Henri Hours, 1992 ;
compléments par P. Guyard, Archives départementales du Jura, août 2011-septembre 2016©