Denis Grisel, archiviste, historien, lecteur aux Archives du Jura, nous a quittés le 13 mai 2020

"Un grand professionnel des archives" comme le qualifie le Service interministériel des archives de France au jour de ses funérailles à Dampierre- -sur-Linotte (Haut-Saône), "ancien archiviste en retraite" comme il se présentait lui-même après avoir été directeur des Archives départementales de la Haute-Saône, de Saône-et-Loire puis du Doubs, inspecteur général des Archives de France, directeur du site des Archives nationales à Paris dont il assura la mutation institutionnelle en Service à compétence nationale, et, depuis son départ à la retraite fin 2007, lecteur assidû aux Archives départementales du Jura, entre autres lieux d'études, Denis Grisel s'est éteint le 13 mai dernier, dans sa soixante-quatorzième année.

 

Assurément, Denis Grisel a été un grand professionnel des Archives qui a mérité l'hommage rendu par le ministre de la Culture, Franck Riester, pour les services rendus particulièrement à la tête des Archives nationales, n'en déplaise à sa modestie. Chartiste par excellence, doté d’une mémoire peu commune, d'un sens critique et d'une méthodologie impeccables, de connaissances particulièrement approfondies en de très nombreux domaines historiques et artistiques, grand connaisseur des institutions de toute époque et de leurs archives, historien dans l'âme et archiviste jusqu'au bout des ongles, il sut allier dans tous ses postes, selon les nécessités et les configurations, une pratique personnelle archivistique éprouvée qui permit des collectes éclairées et des classements abondants, une exploitation et une mise en valeur scientifiques des fonds toujours innovantes, claires et élevées, compréhensibles du grand public comme des chercheurs, une constante pédagogie à l'égard de ses collaborateurs comme des généalogistes et historiens amateurs qui recevaient de lui conseils et encouragements, un sens de la direction des services qui lui ont été confiés appuyé sur une évaluation sûre des situations, des hommes, des moyens et des buts atteignables, ainsi que sur des qualités humaines personnelles profondes.

 

Parisien d’origine mais comtois d’adoption, vivant sa retraite haut-saônoise comme la prolongation évidente et active de sa profession, il s’était attelé à plusieurs chantiers d’éditions de textes dont l’envergure l’amenait à travailler dans toutes les salles de lecture d’archives comtoises, ainsi qu’en Côte d’Or, dans les Vosges ou à Paris y pister toute source utile... Ainsi se rendait-il régulièrement aux Archives du Jura chercher, reproduire, collationner des textes parmi les fonds anciens communaux, notariaux, de juridictions. Il laisse le souvenir d’un chercheur consciencieux, discret et réservé mais qui laissait rapidement percer sa bonne humeur et son humour auprès du personnel de la salle de lecture. Membre de la Société d’émulation du Jura, il l’était aussi de la Société d’agriculture, littérature, sciences et art de la Haute-Saône (Salsa) dont il fut élu président en 2015, permettant dès son arrivée la reprise de l’organisation du colloque triannuel de la Fédération des sociétés savantes de Franche-Comté qui devait se tenir quelques mois plus tard à Vesoul, et s’illustrant là-encore par ses connaissances, son aménité, sa bienveillance auprès des historiens débutants comme chevronnés qui y avaient recours à lui. Il était le principal artisan de l’accueil cet automne en Haute-Saône du prochain colloque national de la Société archéologique de France, en coopération avec la Salsa et la Shaarl (société savante de Lure). Bien trop tôt et cruellement, la Franche-Comté perd un grand historien et un homme de valeur, sa famille et ses amis perdent un homme de bien, de courage et d'honneur.

 

Les collègues et confrères, les lecteurs et chercheurs, les émulateurs qui ont eu la joie de vous connaître, Denis Grisel, vous remercient pour ce que vous avez fait et apporté et espèrent se montrer dignes des nombreux enseignements que discrètement vous n’avez cessé de donner.

 

Archives départementales du Jura

Montmorot, 25 mai 2020.